Le dormeur du val

Agnès Vandermarcq,
collage (détail), 2020

Un jour, j’ai eu envie de redonner vie aux poilus de 1914…

J'avais en ma possession tout un stock de cartes postales et de lettres écrites dans les tranchées. 

J'ai commencé par des collages ou je mêlais d'anciens buvards d'écoliers aux cartes de poilus, parfois en lisant au dos des cartes des phrases retenaient mon attention “souvenir de la grande guerre dont nous fûmes les derniers héros”.

Agnès Vandermarcq

Puis, à Singapour, alors que je commençais une série sur les gueules cassées et, en parallèle, une recherche en gravure sur les graminées, j'ai pensé au "dormeur du val" de Rimbaud.

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
— Arthur Rimbaud, octobre 1870
Le dormeur du val (extrait)

J’ai eu envie que ces deux histoires se rencontrent en imaginant que les herbes folles seraient la mémoire des soldats.